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Open source : quand le contributeur principal peut tout reprendre, est-ce encore un commun ?

Les tensions autour de LibreOffice révèlent un défi structurel. Pourtant une autre voie existe

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Open source : quand le contributeur principal peut tout reprendre, est-ce encore un commun ?

Les tensions autour de LibreOffice révèlent un défi structurel. Pourtant une autre voie existe

Par Michel-Marie Maudet, Directeur Général de LINAGORA

En l’espace de deux semaines, l’écosystème LibreOffice a traversé une série de turbulences qui devraient interpeller tous les défenseurs de la souveraineté numérique européenne. La tentative de relancer LibreOffice Online a ravivé les tensions entre The Document Foundation (TDF) et Collabora , son principal contributeur. En parallèle, la fondation a publié une critique sévère d’ ONLYOFFICE France sur la question des formats de fichiers. Et la sortie de LibreOffice 26.2 a suscité des frustrations sur la reconnaissance des contributions. De son côté, Collabora dénonce ce qu’elle perçoit comme une reprise non concertée de son travail.

Ce n’est pas qu’un rififi anecdotique. C’est le symptôme d’un défi structurel que tout l’écosystème open source doit affronter : la tension entre « logiciel open source » et « bien commun numérique ». Un défi que nous avons choisi d’aborder chez LINAGORA, depuis plus de dix ans, par des actes concrets.

Acte I - LibreOffice Online : quand un commun meurt parce qu’un seul acteur le porte

Rappelons les faits. LibreOffice Online, la version web de la suite bureautique, a été gelé en 2022. La raison officielle invoquait un conflit avec Collabora. En réalité Collabora, l’entreprise qui avait construit l’essentiel du code, avait forké le projet en 2020 pour créer Collabora Online, sa propre plateforme commerciale. Les développeurs ont suivi. Le dépôt TDF s’est retrouvé vide. Deux ans plus tard, on actait le décès clinique.

Quatre ans après, TDF décide de rouvrir le dépôt. La présidente Eliane Domingos évoque des difficultés de gouvernance dans les décisions précédentes, notamment des situations de conflit d’intérêts. Michael Meeks , à la fois membre du conseil de TDF et ingénieur clé chez Collabora, s’oppose vivement à cette démarche. Son argument : Collabora a investi plusieurs millions d’euros dans le développement. Reprendre ce travail sous la marque LibreOffice sans concertation serait, selon ses termes, du « vandalisme ».

Les deux parties ont potentiellement raison. Et c’est bien là le problème.

TDF a raison de vouloir qu’un commun numérique ne dépende pas d’un seul acteur commercial. Collabora a raison de dire que sans retour économique, aucune entreprise ne peut investir durablement dans un commun. Ce conflit était inévitable parce que le modèle lui-même était vicié dès l’origine : un commun dont la survie repose sur un contributeur unique n’est pas un commun. C’est un projet corporate avec une licence open source.

Ce que LINAGORA fait différemment avec Apache James

Chez LINAGORA, nous connaissons ce dilemme. Nous le vivons quotidiennement avec Apache James, le serveur de messagerie open source sur lequel nous avons bâti Twake Mail. Depuis 2014, nous employons le boss du projet James et plusieurs des contributeurs majeurs. Notre investissement a été soutenu par le Programme d’Investissements d’Avenir France 2030 financé par la Bpifrance . Des millions d’euros, là aussi.

Mais voici la différence fondamentale : tout ce code appartient à la The Apache Software Foundation , pas à LINAGORA.

La licence Apache le permet explicitement. N’importe quel concurrent, y compris un hyperscaler américain, peut prendre ce code, le modifier, le commercialiser, sans nous devoir quoi que ce soit. Nous le savons. Nous l’avons choisi.

Pourquoi ? Parce qu’un commun numérique n’est véritablement un commun que s’il est irréversible. Si le contributeur principal peut repartir avec le code, menacer de « vandalisme » quiconque y touche, ou conditionner sa contribution à la protection de sa marque, alors nous ne sommes plus dans la logique des communs. Nous sommes dans celle du “mécénat révocable”.

Notre travail sur les standards JMAP en est une autre illustration. Nos ingénieurs ont contribué directement aux standards IETF : ajout des quotas, des accusés de lecture. Ce travail est inscrit dans la norme elle-même. Il bénéficie à Fastmail, à Stalwart, à tout serveur implémentant JMAP.

Nous avons développé à la fois le client (Twake Mail) et contribué au serveur (Apache James compatible JMAP), brisant ce que notre équipe appelle le « syndrome de l’œuf et de la poule » des nouveaux protocoles. Et nous l’avons fait en connaissance de cause : ce travail ne nous « appartient » pas.

C’est inconfortable. C’est exigeant économiquement. Mais c’est la seule façon de construire des fondations que personne ne peut retirer.

Acte II - Le débat sur les formats : ODF, OOXML et la réalité du terrain

En parallèle des tensions sur LibreOffice Online, TDF a pris position sur un autre sujet sensible. Italo Vignoli , membre du conseil, a publié un billet critiquant OnlyOffice pour son utilisation d’OOXML (les formats .docx, .xlsx, .pptx de Microsoft) comme format natif plutôt que ODF. La fondation y voit un risque de renforcement involontaire du verrouillage Microsoft.

La préoccupation de TDF sur l’importance des formats ouverts est légitime et ancienne. Le combat pour ODF est un combat fondateur du logiciel libre. Mais cette question nous concerne directement : LINAGORA intègre OnlyOffice dans Twake Drive pour l’édition collaborative de documents, aux côtés de LibreOffice Online. Et nous pensons que les deux approches sont complémentaires plutôt qu’antagonistes. Voici pourquoi.

Le pragmatisme au service de la migration

Le raisonnement de TDF repose sur une conviction forte : le format de fichier est un levier décisif de la souveraineté numérique. Si vos documents sont en .docx, vous restez dans l’orbite de Microsoft.

Ce raisonnement a du sens sur le long terme. Mais il se heurte à la réalité opérationnelle quotidienne de nos clients.

Quand le Conseil National des Barreaux ou le Gouvernement de l’Île Maurice nous confient leur messagerie et leur bureautique, leurs agents échangent quotidiennement des .docx avec des interlocuteurs extérieurs.

Leur imposer un format que leurs correspondants ne peuvent pas ouvrir correctement, c’est créer une friction qui, in fine, les renvoie vers Microsoft 365. L’expérience le prouve : les déploiements de suites souveraines qui échouent ne tombent pas sur des questions de licence ou de format de stockage. Ils échouent parce que Marie de la comptabilité n’arrive plus à ouvrir le tableau Excel du commissaire aux comptes.

OnlyOffice résout ce problème. Sa compatibilité avec les formats Microsoft est un outil de migration, pas un acte d’allégeance.

La souveraineté est dans l’infrastructure, pas dans le format

Le vrai enjeu de la souveraineté numérique n’est pas de savoir si un fichier est stocké en .odt ou en .docx. Il est de savoir :

  • Où sont stockées les données : sur un cloud américain soumis au CLOUD Act, ou sur une infrastructure européenne ?

  • Qui contrôle le serveur : un éditeur qui peut couper l’accès sur injonction d’un gouvernement étranger, ou votre propre DSI ?

  • Qui peut auditer le code : tout le monde, ou personne ?

Un fichier .docx édité dans OnlyOffice, hébergé sur une instance Twake, sur une infrastructure souveraine européenne, est infiniment plus souverain qu’un fichier .odt édité dans Google Docs. Si, si, on en voit !

TDF a d’ailleurs soulevé un point essentiel dans le même billet : Microsoft a fermé le compte email du Procureur en chef de la Cour Pénale Internationale sur ordre des autorités américaines. C’est un argument puissant : et il va dans notre sens. Le problème n’était pas le format du fichier. Le problème était que l’infrastructure appartenait à Microsoft.

Complémentarité plutôt qu’opposition

En intégrant à la fois OnlyOffice et LibreOffice Online dans Twake , LINAGORA offre à ses clients ce que nous considérons comme essentiel : le choix. Nos déploiements pour le secteur public permettent de configurer l’éditeur par défaut selon les besoins des utilisateurs. C’est précisément l’inverse du verrouillage.

Nous pensons que le débat entre ODF et OOXML, pour important qu’il soit, ne doit pas occulter l’enjeu principal : l’autonomie numérique des organisations. Le format est un moyen. L’infrastructure, la gouvernance du code et la liberté de l’utilisateur sont la fin.

Acte III : ce que signifie vraiment « commun numérique »

Ces tensions révèlent un défi de maturité que tout l’écosystème open source européen doit relever. Comment concilier la pérennité d’un commun avec la viabilité économique de ses contributeurs ? Comment garantir qu’un projet reste ouvert quand un seul acteur en porte l’essentiel du développement ? Comment articuler l’exigence sur les standards avec le pragmatisme qu’impose le terrain ?

Ce ne sont pas des questions théoriques. Ce sont les questions que nous nous posons chez LINAGORA depuis vingt-cinq ans. Et voici les principes que nous en avons tirés :

  1. Contribuer aux communs de façon irréversible. Quand nous investissons dans Apache James, dans JMAP, dans le protocole MATRIX pour Twake Chat, nous le faisons sous des licences et dans des gouvernances qui empêchent toute réappropriation — y compris par nous-mêmes. C’est ce qui distingue un investissement dans un commun d’un investissement dans un produit.

  2. Séparer la gouvernance du code de l’intérêt commercial. Apache James est gouverné par l’Apache Software Foundation, pas par LINAGORA. Le protocole MATRIX est porté par la Matrix.org Foundation. Les standards JMAP sont définis par l’IETF. Nous contribuons activement à ces instances, nous y occupons des postes de responsabilité, mais nous n’en avons pas le contrôle. Et c’est exactement ce qui donne confiance à nos clients du secteur public.

  3. Être pragmatique sur les outils, intransigeant sur l’infrastructure. Nous n’imposons pas un format de fichier unique. Nous n’imposons pas un éditeur unique. Nous garantissons que les données restent sur des infrastructures européennes, que le code est auditable, que l’interopérabilité repose sur des standards ouverts (JMAP, MATRIX, CalDAV, CardDAV), et que le client peut changer de prestataire sans perdre ses données.

  4. Appliquer les mêmes exigences à l’IA. Quand l’intelligence artificielle générative est devenue un enjeu stratégique, nous avons appliqué exactement la même logique. En juin 2023, nous avons initié la communauté OpenLLM France, qui rassemble aujourd’hui plus de 800 acteurs publics et privés — chercheurs, startups, entreprises, institutions. L’objectif : créer des communs numériques pour l’IA générative. Pas un produit LINAGORA. Un commun.

De cette communauté est né LUCIE, le premier modèle de langage fondation véritablement open source. Et quand je dis « véritablement », je pèse le mot. Il existe des milliers de LLM dans le monde, mais seulement une quinzaine de modèles fondation — le cœur technologique sur lequel tous les autres sont entraînés. La quasi-totalité sont opaques sur leurs données d’entraînement. LUCIE, développé d’abord sur fonds propres LINAGORA, puis soutenu par le programme France 2030 au sein d’un consortium réunissant le CNRS, l’École Polytechnique, Opsci, Class’Code et Talkr, publie tout : les données d’entraînement, les poids du modèle, les résultats d’évaluation, le code source d’entraînement. Tout est sous licence Apache V2.

LUCIE a été moqué lors de son lancement en bêta publique en janvier 2025. Un modèle de 7 milliards de paramètres face aux centaines de milliards des géants américains, entraîné sans exploiter les données personnelles de milliards d’utilisateurs — évidemment, il n’allait pas rivaliser avec ChatGPT en conversation généraliste. Ce n’était pas son objet. Son objet est d’être le socle transparent, auditable et éthique sur lequel des modèles spécialisés — en éducation, en santé, en administration — peuvent être construits en toute confiance. Et ce socle, personne ne peut nous le retirer, le fermer, ou en restreindre l’accès. C’est un commun. C’est irréversible. C’est le même engagement que pour Apache James, appliqué à l’IA.

De la théorie à la pratique : La Suite Numérique et OpenBuro

Ces principes ne sont pas des déclarations d’intention. Ils se traduisent dans deux initiatives concrètes qui dessinent, selon nous, le vrai chemin vers la souveraineté numérique européenne.

Contribuer à La Suite Numérique de l’État français

La Suite Numérique, portée par la Direction interministérielle du numérique (DINUM) , est aujourd’hui utilisée chaque mois par plus de 300 000 agents publics.

C’est la démonstration à grande échelle qu’une alternative souveraine aux suites propriétaires est non seulement possible, mais opérationnelle. LINAGORA y contribue activement. Nos équipes participent à l’intégration de La Suite Numérique avec Twake Workplace, notre plateforme collaborative européenne.

Lors du hackathon IA & Digital Workspace organisé par la DINUM en juin 2025, nos ingénieurs ont travaillé aux côtés des équipes de l’État sur l’interopérabilité entre les briques souveraines et l’intégration de capacités d’intelligence artificielle. Nous y avons présenté OpenRAG, notre IA basée sur le modèle RAG, pour enrichir l’expérience utilisateur de manière sécurisée.

Ce qui rend La Suite Numérique intéressant de notre point de vue, c’est sa gouvernance collective. Tout n’est pas parfait encore à ce stade là mais je pense que les choses évoluent rapidement sur ce plan actuellement. Le code est 100 % open source sous licence MIT. Les développements sont reversés à la communauté.

C’est un modèle dont tout l’écosystème peut s’inspirer.

Co-fonder OpenBuro : le standard qui manquait

Mais La Suite Numérique a aussi révélé une lacune structurelle de l’écosystème open source européen. L’Europe dispose d’outils matures : messagerie, drive, visio, chat, gestion de projet. Pourtant, la dépendance à Microsoft 365 ne cesse de croître. Pourquoi ? Parce qu’il manque la couche qui fait la différence : l’orchestration entre les applications.

C’est le constat que Benjamin André , directeur stratégique de Twake chez LINAGORA, a partagé avec Samuel Paccoud , directeur de La Suite Numérique à la DINUM, lors du FOSDEM 2026 à Bruxelles. De ce constat partagé est né OpenBuro (open-buro.eu) : un standard ouvert qui unifie les applications open source en une véritable plateforme, sans verrouillage, sans remplacement brutal de l’existant.

OpenBuro définit un format d’application standard avec un registre unique auquel tout éditeur peut contribuer. Il apporte une navigation partagée entre les services, une circulation des données métier entre les applications via un graphe sémantique, et une gestion centralisée de l’identité collective. L’ambition est comparable à celle des standards du web : créer un espace partagé où des acteurs différents peuvent construire ensemble, au lieu de se retrouver enfermés dans des silos propriétaires.

L’Alliance OpenBuro a été initiée entre la DINUM et LINAGORA, et ouverte à tous les éditeurs, institutions et entreprises qui veulent construire ensemble la souveraineté numérique européenne. Le site est disponible en cinq langues. La démarche s’accompagne d’une gouvernance ouverte, portée par une fondation, précisément pour éviter toute captation par un acteur unique.

C’est la réponse concrète au défi que révèlent les tensions actuelles de l’écosystème. Plutôt que de se demander à qui appartient le code d’une suite bureautique, nous proposons un cadre où chaque éditeur apporte sa brique, conserve son modèle économique, mais s’inscrit dans un écosystème interopérable que personne ne contrôle seul.

Un modèle pour la souveraineté européenne

Soyons honnêtes : en vingt-six ans d’existence, LINAGORA n’a pas toujours fait les bons choix. Nous avons connu des échecs, des paris technologiques qui n’ont pas abouti, des projets qui auraient mérité d’être conduits différemment.

Aucune entreprise ne traverse un quart de siècle sans trébucher. Mais il y a une chose qu’on ne pourra jamais nous reprocher : nous n’avons jamais tenté de refermer du code pour rendre nos clients captifs. Jamais. Pas une seule fois. Pas un fork stratégique pour protéger notre marque. Pas un changement de licence pour bloquer la concurrence. Pas un commun transformé en produit propriétaire quand les temps devenaient difficiles.

Ce n’est pas de la vertu théorique. C’est un choix de chaque jour, qui a parfois coûté cher, qui nous a parfois mis en difficulté face à des concurrents moins scrupuleux.

Mais c’est ce choix qui nous permet aujourd’hui de regarder les tensions actuelles de l’écosystème et de dire sereinement : il existe un autre chemin. Un chemin exigeant, imparfait, mais aligné sur ce que les communs numériques exigent réellement.

La situation géopolitique actuelle rend ces questions brûlantes. En juin 2025, des dirigeants de Microsoft ont admis sous serment devant le Sénat français qu’ils ne pouvaient pas garantir la souveraineté des données et seraient contraints de transmettre les informations d’utilisateurs français aux autorités américaines sur simple injonction.

Face à cette réalité, les querelles sur les formats de fichiers ou les marques commerciales sont un luxe que l’écosystème open source européen ne peut plus se permettre.

Ce dont nous avons besoin, ce sont des communs numériques solides, avec des gouvernances collectives, des licences irréversibles, et des entreprises capables de les industrialiser sans les capturer.

C’est ce que nous construisons avec Apache James sous l’égide de la fondation Apache. C’est ce que nous faisons avec LUCIE et la communauté OpenLLM 🇫🇷 🇪🇺 pour l’IA. C’est ce à quoi nous contribuons avec La Suite Numérique de l’État.

C’est ce que nous avons lancé avec OpenBuro au FOSDEM 2026.

Ne pas se tromper de combat

Mais au-delà des projets, il y a un message politique que je souhaite adresser aux décideurs français et européens qui, en ce moment même, font des choix structurants sur la digital workplace de demain.

La tentation est grande, face à l’urgence de la souveraineté numérique, d’aller vite. De se tourner vers ceux qui promettent des solutions clé en main, des suites intégrées, des écosystèmes complets : mais qui, sous le vernis de l’open source, reconstituent les mêmes logiques de dépendance que celles qu’on prétend combattre.

Changer de maître n’est pas se libérer.

Remplacer un verrouillage propriétaire américain par un verrouillage « open source » européen, c’est changer la couleur des barreaux, pas ouvrir la cage.

Les tensions que traverse aujourd’hui l’écosystème LibreOffice nous rappellent une évidence : quand la gouvernance d’un commun ne protège pas sa pérennité indépendamment des intérêts de chacun de ses contributeurs, le commun finit par se fragiliser. Ce n’est la faute de personne en particulier. C’est un défaut de conception qu’il nous appartient collectivement de corriger.

Il existe une autre voie. Elle est plus exigeante, c’est vrai. Elle demande plus de temps. Elle impose de renoncer à certaines formes de contrôle. Elle choisit délibérément de laisser du pouvoir à l’utilisateur : le pouvoir de changer de prestataire, de modifier le code, de combiner les briques comme il l’entend, de ne jamais être captif.

Elle n’est peut-être pas la plus confortable pour l’éditeur. Elle n’est certainement pas la plus rapide à construire. Mais elle est la seule qui soit équitable : pour l’utilisateur, pour le contribuable, pour l’écosystème.

Et au fond, n’est-ce pas là l’essence originelle du logiciel libre ? Pas un modèle économique. Pas une stratégie de marque. Pas un argument commercial. Une promesse faite à l’utilisateur : ce logiciel est le vôtre, et personne, pas même celui qui l’a écrit, ne pourra vous le reprendre.

LINAGORA porte cette promesse depuis plus de vingt-cinq ans. Imparfaitement, parfois. Mais sans jamais la trahir.

À l’heure où la France et l’Europe doivent faire des choix fondamentaux, nous demandons simplement ceci : ne confondez pas l’urgence avec la précipitation.

Ne tombez pas dans les bras de ceux qui voudraient recréer de nouveaux monopoles sous étiquette open source.

Regardez ceux qui, depuis un quart de siècle, démontrent qu’une troisième voie est possible. Elle est plus difficile. Elle est plus lente. Mais elle est la seule qui tienne debout dans la durée.

Les guerres de chapelles peuvent continuer. Nous, nous construisons.

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