Note
Lettre ouverte au Général Rolland Erwan, Directeur du CND
Félicitations pour votre prise de commandement du [Commissariat au Numérique de Défense CND](https://www.linkedin.com/feed/ ?trk=article ssr frontend pulse little text block).
Mon Général,
Félicitations pour votre prise de commandement du Commissariat au Numérique de Défense - CND. Votre mission est immense et relève de l’urgence.
Au nom de LINAGORA, et avec l’appui de Chrystelle Roger, j’avais remis en décembre 2022 à l’État-Major des Armées, une note blanche posant une question simple : « Le black-out numérique n’est-il qu’un scénario fictionnel ? ».
En ce jour, où beaucoup d’organisations en Europe et en France, ont été impactées par un panne majeure d’Amazon Web Services (AWS) dans la région us-east-1, je pense que c’était le moment opportun pour remettre sous la lumière l’état d’esprit de cette note et les recommandations que nous avions partagées il y a trois ans… Un plan simple, efficace et très opérationnel composé en trois actes : Résilience → Réversibilité → Autonomie.
Ce n’était pas de la dystopie : c’était déjà un véritable mode d’emploi qu’il conviendrait appliquer à plus vite et pas uniquement pour le compte du Ministère des Armées.
Comme l’a mesuré l’étude d’ Asterès , notre dépendance technologique et financière dans le domaine du numérique n’est plus soutenable.
Depuis 2024 et plus particulièrement ces dernières semaines, le décor s’est encore assombri. Lors de son intervention à l’AG du Cigref , Vincent Strubel de l’ANSSI - Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information a repris à son compte un avertissement bien connu et célèbre mais malheureusement devenu un leitmotiv : « Winter is coming ! ».
Non pour dramatiser, mais pour nommer notre réalité terrain : cyber-menace plus dense, monde plus dur, des attaques multi dimensionnelles et des dépendances (y compris vis-à-vis de nos alliés) toujours plus fortes avec l’avènement par exemple de l’IA générative. Je n’ai pas eu l’occasion de venir à votre contact le soir de l’AG. Je le regrette.
Ainsi, je défends une idée simple : le rationnement numérique n’est plus seulement un risque ; c’est un scénario de conduite. Le rationnement numérique est une réalité :
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Subie (kill switch, volonté de nuire, panne mondiale comme aujourd’hui…) ;
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Contrainte ou choisie (sobriété, transition écologique, exigence d’économies…).
Dans tous les cas, et comme vous le savez si bien, on ne “tient” dans le chaos que si l’on a pensé le mode dégradé (le fameux “what if” du militaire), chronométré la bascule ou le repli lorsque c’est nécessaire tout en préparant une voie de sortie… sécurisée et souveraine !
Nous avions avec Chrystelle déjà fait une proposition d’exercice à l’échelle comme il est de coutume dans les Armées.
Je suis toujours mes ex-collègues de l’Armée de l’air et de l’espace et leurs exercices nationaux et européens comme VOLFA qui s’est terminé il y a quelques jours ou encore TARANIS 2025 qui finalise ses préparations en ce moment même.
Une proposition simple et sans détour : un VOLFA-NUM (une déclinaison dans le domaine du numérique des caractéristiques de l’exercice VOLFA) sobre et exigeant pendant 72 heures minimum.
L’objectif ? Former, aguerrir et renforcer la résilience de nos moyens actuels, tout en adaptant leurs capacités à un modèle que l’on appelle aujourd’hui la haute intensité dans un monde numérique plus qu’incertain. L’exercice pourrait permettre de mesurer nos capacités et de les démontrer publiquement sur la base d’indicateurs clés à définir.
Pas de catalogue de mesures ici — juste l’invitation à agir collectivement comme nous l’a demandé la Ministre Anne Le Hénanff et aussi rappeler Yves Caseau de Michelin lors de leurs interventions respectives mercredi soir dernier.
À noter que je travaille à la mise à jour de cette note “black-out/rationnement numérique” à l’aune des évolutions observées (et subies !) ces trois dernières années, et plus spécifiquement de la dernière année, pour intégrer l’évolution réglementaire, géostratégique et technologique.
J’ai déjà évoqué cette mise à jour avec l’ Inria et avec d’autres acteurs qui auront un rôle à jouer dans l’évolution de notre posture et aussi mettre en oeuvre les programmes nécessaires.
Agir maintenant, pour ne pas reperdre à nouveau trois ans.
Nous avons assez diagnostiqué : l’heure est à l’exécution. Chaque nouveau trimestre sans VOLFA-NUM, sans SBOM généralisée (pour sécuriser nos chaînes d’approvisionnement logicielles) et sans réversibilité réellement testée nous éloigne encore plus de notre objectif de résilience et d’autonomie.
Je reste à votre entière disposition pour une rencontre efficace et opérationnelle afin de vous présenter la note et nos recommandations. On ne doit plus subir plus longtemps. Au contraire, on doit orchestrer et opérer.
Respectueusement, et résolument orienté vers cet objectif d’autonomie stratégique raisonnée dans le domaine du Numérique.
Commentaires
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